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Article écrit par Fadia Karam en juin 1993.
L'humanitaire est à la mode paraît-il ! Nombreux sont ceux qui veulent "partir", pour donner de leur temps et se mettre au service des autres. Mais l'humanitaire n'en est pas moins décrié. On lui reproche précisément d'être une mode, un engouement passager pour l'aventure sous le soleil des tropiques. Et puis, soyons raisonnables : que peuvent bien faire quelques jeunes partis pour deux mois, qui vont mettre trois semaines pour s'acclimater et deux semaines pour se remettre des maladies "locales" ? Et en plus, ils sont jeunes, ne savent rien faire et n'ont encore rien fait ! Par ailleurs, il n'est pas nécessaire d'aller si loin pour se mettre au service de ceux qui en ont besoin. Il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder à sa porte. Il y a déjà tant à faire ici !
Pourtant, le croirez-vous, je pars deux mois en Bolivie. Et ce choix n'est pas celui de la facilité. En participant à la mission humanitaire sur laquelle travaillent depuis plus de six mois vingt ESCP, j'ai l'espoir d'apporter quelque chose à la population du bidonville de Los Olivos, de les aider à mettre en place ce centre de santé dont ils ont eu l'initiative. Je vois dans cette mission l'occasion de participer à un véritable projet de développement, à petite échelle, mais qui marchera, j'en suis sûre. Mais surtout, je sens que, de cette expérience, je vais beaucoup apprendre. Au retour, j'aurai sans doute un peu donné et beaucoup reçu. Et cela impose une réelle humilité, avant, pendant et après la mission. Oui, je ne sais pas faire grand chose, mais l'expérience ne s'acquiert qu'en mettant "la main à la pâte". Alors...
Partir en Bolivie ne signifie pas fermer les yeux sur la pauvreté qui est à notre porte. Mais force est de reconnaître qu'il m'est aujourd'hui plus facile d'accomplir une telle démarche loin, là où j'arrive sans idée préconçue, et sur une période bien cadrée qui ne va pas "envahir" ma vie quotidienne. C'est sans doute une faiblesse... mais elle n'est pas sans remède, bien au contraire. D'autres engagements seront à prendre dès le retour de Bolivie.
Enfin, je ne saurais passer sous silence un aspect essentiel à mes yeux dans un engagement "de type humanitaire" : partir, c'est accepter de vivre une expérience qui ne me laissera pas "indemne", et sur laquelle j'aurai peu d'emprise. C'est accepter de changer, de se laisser imprégner et transformer, et d'en assumer ensuite les conséquences sur mes choix de vie futurs.