n° 1

Quel choix ?

Le journal Itinéraires.

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Le choix : moyen de connaissance de soi dans les Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke.

Article écrit par Emmanuelle Enrici en octobre 1992.

L'histoire est celle d'un jeune homme dont les parents sont fiers de savoir qu'il se forge une belle carrière militaire. Il cherche à déterminer si oui ou non il peut prétendre être poète. Certes, il écrit des poèmes ; mais consacrera-t-il toute sa vie à l'art qui le hante ?

Il se tourne vers un poète déjà connu, Rainer Maria Rilke. Commence alors la correspondance entre le poète et l'aspirant-poète. L'élève militaire soumet ses œuvres à son aîné et attend tout d'abord de lui un feu vert ou un veto formel, avant de se lancer dans sa poésie.

Ce livre est le recueil des réponses de Rilke au jeune poète. Rilke ne l'encourage pas dans ses aspirations artistiques. Mais il sait que son avis ne compte pas. Ainsi incite-t-il celui qui lui demande conseil, plutôt que de s'en tenir à son avis, à mieux poser son choix pour se connaître davantage : pourquoi vouloir sortir de l'obscurité dans laquelle plonge l'indécision pour la simple raison que l'obscurité n'est pas rassurante ? pourquoi chercher la réponse à ses questions dans l'approbation ou la désapprobation des autres au lieu de chercher à mieux connaître ses propres goûts ? pourquoi ne pas accepter de mesurer sa solitude face à ses choix et éviter enfin de se fuir sans cesse ?

Trois ans après la mort de Rilke, en 1929, le jeune poète publie les dix lettres-réponses. Sa préface se termine ainsi :

Ma correspondance avec Rainer Maria Rilke [...] ensuite s'espaça : la vie m'avait poussé sur des voies dont précisément aurait voulu m'écarter l'intérêt chaleureux, tendre et touchant du poète. Mais là n'est pas l'important. L'important, ce sont les dix lettres que voici. Elles valent pour la connaissance de cet univers dans lequel Rainer Maria Rilke a vécu et créé ; elles valent pour ceux qui grandissent et se forment maintenant, pour ceux qui se formeront demain. Mais quand un prince va parler, on doit faire silence.

En voici deux passages :

Au fond, je n'ai tenu qu'à vous conseiller de croître selon votre loi, gravement, sereinement. Vous ne pourriez plus violemment troubler votre évolution qu'en dirigeant votre regard au dehors, qu'en attendant du dehors des réponses que seul votre sentiment le plus intime, à l'heure la plus silencieuse, saura peut-être vous donner. (Lettre I, p. 23.)

Vous êtes si jeune, si neuf devant les choses, que je voudrais vous prier [...] d'être patient en face de tout ce qui n'est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d'aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les "vivre". Et il s'agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement dans les réponses. (Lettre IV, p. 42-43.)

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.