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Article écrit par Philippe Bélorgey en octobre 1992.
On pourrait croire que l'année en alternance s'inscrit ni plus ni moins dans l'éventail des différentes possibilités offertes en fin de deuxième année à l'ESCP, et que décider de suivre cette voie n'a rien de fondamentalement plus engageant que tout autre choix d'orientation scolaire. Et c'est à mon sens un peu l'esprit dans lequel on se trouve au moment où l'on commence à penser à cette formule. On entend parler d'accords d'échange, d'alternance, d'accord d'échange + alternance, soit autant de possibilités toutes aussi séduisantes les unes que les autres.
Sans faire exception à la règle, je me trouvais donc dans cette situation en début de deuxième année. Par la suite, mon choix s'est effectué en deux temps : le choix de la formule et le choix de l'entreprise.
La première démarche est d'abord motivée par la volonté de profiter des différentes possibilités proposées par l'École. J'ai assez vite écarté la formule de l'accord d'échange pour deux raisons tout à fait objectives : d'une part, l'accord d'échange me semblait constituer une coupure trop importante dans le cycle de la scolarité de l'ESCP, le ou les trimestre(s) de troisième année non suivi(s) à l'École n'étant pas forcément récupéré(s) dans l'université étrangère au niveau du contenu de la formation ; outre le dépaysement, par ailleurs coûteux, et l'apprentissage de la langue, cette formule ne présentait pas pour moi d'avantages marquants. D'autre part, j'avais envie, après un stage de fin de première année, qui n'est en fait qu'un séjour en entreprise (sans connotation péjorative), de vivre une véritable expérience professionnelle sans que cela ampute une partie de ma troisième année.
Il a fallu alors peser les pour et les contre de la formule. On entrevoit d'un côté la possibilité de découvrir véritablement l'entreprise, de gagner un peu d'argent dans l'optique d'un remboursement de prêt, de tisser des liens à moyen terme avec ladite entreprise, ou encore de choisir plus sciemment ses options de troisième année. De l'autre côté, on redoute le rallongement des études (notamment pour les parents), la possibilité d'exercer un travail inintéressant, la difficulté de revenir à ses chères études dans le cas contraire, etc.
Et puis l'on se décide parce que l'on considère que le pour l'emporte sur le contre, mais surtout aussi parce qu'on a tout simplement l'envie de tenter cette expérience. Vient alors le choix de l'entreprise. J'étais pour ma part partagé entre deux souhaits : exercer un métier suffisamment généraliste permettant de toucher à plusieurs domaines, ou faire de l'analyse financière.
À partir de là, le choix de l'entreprise est surtout personnel, tant les descriptifs de mission ne peuvent donner une image très exacte d'un travail ; de plus, vous ne connaissez pas l'équipe dans laquelle vous allez être affecté. L'ambiance de travail étant l'une des composantes essentielles de la réussite d'une année en alternance, une part de chance joue ici.
Personnellement, j'ai choisi mon entreprise, certes en fonction de critères objectifs liés à la mission proposée et au secteur d'activité concerné, mais aussi en vertu d'une impression plus subjective. En passant les entretiens d'embauche, on perçoit l'ambiance, la mentalité d'une entreprise, et l'on arrive assez bien à savoir si l'on pourra s'y plaire ou non. J'ai ainsi apprécié la rapidité et la franchise, mais aussi la simplicité, voire la pudeur dans la façon dont j'ai été recruté.
J'aimerais pour terminer insister sur l'aspect engageant du choix d'une année en alternance. L'étudiant qui opte pour cette formule est en fait assez peu préparé à ce qui sera, dans le meilleur des cas, sa véritable entrée dans la vie professionnelle. Son choix résulte d'une suite de conclusions logiques décrites ci-dessus, bref d'une démarche plutôt intellectuelle, cérébrale, en total décalage avec l'expérience journalière de responsabilités professionnelles.
De plus, l'année en alternance, lorsqu'elle intègre parfaitement l'étudiant dans l'entreprise, apporte des enseignements professionnels, mais aussi extra-professionnels ; elle fait découvrir des aspects passionnants de l'entreprise, mais prévient aussi de certains dangers. Il s'agit en quelque sorte d'un changement de vie. Après cinq mois d'expérience professionnelle passées précisément dans ces conditions, l'alternance est un choix que je juge extrêmement positif.