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Article écrit par le frère Rémi Chéno en octobre 1992.
Quelle est la bonne façon de poser un choix pour un chrétien ? Selon certains, il faut attendre de Dieu des signes, qui nous permettront de choisir telle option plutôt que telle autre. Il s'agit alors pratiquement de rejoindre un choix que Dieu a déjà fait pour nous : se tromper dans son choix, c'est ne pas choisir à bon escient, "louper" le signe que Dieu nous envoie pour nous préciser ce qu'il faut choisir. La vocation, c'est un objet à discerner et à saisir : elle est toute prête, déjà constituée. À nous de la trouver.
Quitte à paraître iconoclaste, j'aurais envie de nier la validité du concept de vocation. Je voudrais lui substituer l'idée d'un appel à entendre, qui se traduit pour le croyant sous la forme d'une question : Quel visage de Dieu suis-je appelé à porter ? Quelle béatitude suis-je appelé à signifier au monde, à vivre ?
Le Seigneur est l'Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur, qui est Esprit. (2 Corinthiens 3, 17-18.)
Alors, choisir, ce n'est plus découvrir une option toute préparée que Dieu m'aurait choisie, mais c'est s'inscrire dans une lignée générale, un dynamisme profond à travers lequel je suis appelé à m'épanouir. Il n'y a pas des consignes extérieures à attendre de Dieu (même si bien sûr il n'y a rien qui serait illégitime en Dieu !), un signe particulier qui me dirait si oui ou non je dosi entreprendre telle ou telle action. Non : il me faut retrouver la loi intérieure que Dieu inscrit en moi, comme la voie d'épanouissement de mon être chrétien. Car il y a bien un être spirituel, une stature spirituelle personnelle qui se développe en moi :
La loi de l'Esprit de la vie en Jésus Christ m'a libéré de la loi du péché et de la mort. [...] En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu : vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père. (Romains 8, 2 et 8, 14-15.)
Cette loi intérieure, c'est l'œuvre par excellence de l'Esprit Saint dans le cœur des croyants. Car l'Esprit est notre "maître intérieur".
Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit. [...] Sur ceux qui marchent selon cette règle, paix et miséricorde. (Galates 5, 25 et 6, 16.)
S'en remettre à l'Esprit, c'est donc s'en remettre au travail en cours de l'Esprit au fond de moi. Remise docile, pour une transformation intérieure progressive, qui prend du temps, à laquelle il faudra que j'accorde du temps, le temps de ma propre histoire.
Il nous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de notre intelligence et revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. (Éphésiens 4, 23-24.)
Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. (Romains 12, 2.)
Concluons : le discernement spirituel, ce n'est pas tant le choix d'une option, entre deux options également bonnes. C'est avoir l'œil vif, aiguisé, qui saisit le bien et rejette le mal, qui entre en connivence avec l'Esprit, qui perçoit avec finesse ce qui l'anime, ce que Dieu opère en lui.
La lampe du corps, c'est l'œil. Si donc ton œil est simple, ton corps tout entier sera dans la lumière. (Matthieu 6, 22.)
Je veux que vous soyez sages pour le bien et simples pour le mal. [...] Soyez donc rusés comme les serpents et simples comme les colombes. (Romains 16, 9 et Matthieu 10, 16.) Frères, pour le jugement, ne soyez pas des enfants ; pour le mal, oui, soyez de petits enfants, mais pour le jugement, soyez des adultes. (1 Corinthiens 14, 20.)
L'Esprit dont les fruits sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur et maîtrise de soi (Galates 5, 22-23), est à l'œuvre dans nos histoires particulières. Poser un choix en chrétien, c'est simplement poser ce choix à partir de ce que l'Esprit instaure en nous.