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Article écrit par Antoine du Teilhet en juin 1994.
À côté d'avantages indéniables tels que l'interdépendance vécue et la solidarité entre ses membres, la communauté présente des imperfections comme le repliement sur elle-même avec tout ce que cela comporte d'indifférence, de refus, voire d'hostilité à l'égard des autres groupes humains.
Dans la cité antique le mot barbare signifiait à la fois "étranger" et "non civilisé". En quelque sorte, le monde helléno-romain ne concevait pas d'autre civilisation que la sienne. Dans certaines langues, il n'y avait même qu'un seul mot pour désigner l'étranger et l'ennemi. L'attachement au groupe et à la patrie avait pour cruel revers une méfiance presque viscérale de l'étranger qui forgea une longue chaîne de guerres et de disputes.
Aujourd'hui, à l'ère de la communication et des idéaux démocratiques, les communautés organiques sont en voie de disparition et avec elles ces réactions de défense et d'agressivité qui séparaient les collectivités. Il n'y a plus réellement d'étranger et bientôt plus d'ennemis.
Je ne suis pourtant pas de ceux qui, au nom de la compréhension universelle, crient à l'effacement des communautés naturelles. D'un point de vue idéologique et sentimental, les progrès de l'humanité pour dépasser la crainte de l'étranger sont impressionnants. Ne faut-il pas craindre cependant que se reproduise ce phénomène de compensation et de transfert à savoir que le prochain et le familier s'éloignent dans la mesure où le lointain et l'étranger se rapprochent ? Il suffit de citer l'usage immodéré de la télévision qui nous fait oublier la conversation et jusqu'à la présence de ceux qui nous entourent ou encore l'abus du tourisme exotique qui détourne notre attention des beautés de notre propre pays. Mais surtout, il en va de même dans les rapports sociaux : nos vieux instincts de méfiance et d'agressivité, ne s'exerçant plus sur l'étranger traditionnel ou "l'ennemi héréditaire", se fabriquent de nouveaux ennemis parmi les êtres qui nous touchent de près. Témoins la lutte entre groupes sociaux et le conflit des générations. Suffit-il d'assimiler l'étranger des antipodes si c'est pour rejeter l'héritage intellectuel et moral de nos parents et refuser la nécessaire collaboration entre les classes ? Étranges ce refus qui porte sur le prochain le plus immédiat et cette incompréhension et cette agressivité qui se déplacent de l'extérieur vers l'intérieur...
Les guerres avaient l'avantage de renforcer la cohérence interne tandis que le phénomène actuel semble être un poison qui mine la substance de nos communautés. Je préfère encourager les efforts vers l'unité planétaire que faire l'apologie des guerres. Mais cette unité ne serait qu'un leurre malfaisant si l'intégration du lointain avait pour rançon la rupture et le conflit avec le prochain.