n° 4

L'engagement.

Le journal Itinéraires.

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Rationalité et engagement.

Article écrit par Antoine du Teilhet en juin 1993.

Nos esprits parfois trop rationnels ont du mal à comprendre les démarches d'engagement. Il est vrai que l'engagement ne s'inscrit guère dans une logique de réciprocité et d'égalité qui veut que l'on reçoive autant que l'on donne. Et si l'engagement n'entre pas dans cette logique, c'est uniquement parce qu'il est un acte individuel où celui qui s'engage ne se sent pas tenu de se rendre à lui-même tout ce qu'il va donner. Acte individuel, l'engagement doit être un acte libre. Ce qui fait le propre de l'engagement est qu'une personne prend sur elle, volontairement, de donner non sans attendre de retour, mais sans savoir ce qu'elle va recevoir et sans fixer le niveau de ses attentes.

Voilà ce qui paraît incompréhensible, d'un point de vue rationnel ; c'est néanmoins ce qui donne sa valeur à un engagement : sortir en quelque sorte des "règles" rationnelles qui s'imposent aux rapports humains.

Qu'est-ce qui peut alors motiver celui qui s'engage ? Une idée qui se manifeste en lui : un appel, une vocation, au sens large. Sans doute est-ce parce que cette idée s'impose peu à peu avec plus de force et qu'il ne sait d'où elle vient que celui qui s'engage prend sur lui de se donner, au nom de cette idée, sans en attendre directement de contrepartie.

Parce que celui qui s'engage n'attend rien de concret de personne, à la différence d'un partenariat, l'engagement est et ne peut être que volontaire.

La question - intéressante ! - qui se pose alors, est celle de la responsabilité de celui qui s'est engagé. Est-ce que, parce que l'acte par lequel il s'est engagé était volontaire, il peut se démettre de son engagement à tout moment ? Après tout, c'est son affaire, non ? C'est ici que l'on peut mesurer la valeur de l'engagement, plutôt combien un engagement n'est pas chose légère.

Celui qui veut s'engager est libre de le faire, mais à partir du moment où il s'engage, il renonce à cette part de liberté dont le prive son engagement. S'engager, avant tout, c'est savoir cela.

S'engager, c'est enfin savoir vis-à-vis de qui on s'engage et qu'être responsable vis-à-vis de cette personne (ou de ces personnes), c'est répondre à l'engagement qui un jour a été pris et restait comme une question. Cela implique une fidélité à soi-même et un sens des autres assez poussé. L'engagement ne peut réellement tenir que si subsiste l'idéal qui l'a motivé. Pour cela, cultiver ces deux valeurs peut déjà aider à tenir ses engagements.

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.