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Article écrit par Fadia Karam en mars 1993.
La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur. [...] C'est l'opium du peuple. (Marx.) Si le marxisme politique semble avoir quelque peu perdu de son prestige, il n'est pas certain qu'une telle conception de la religion ait totalement disparu des mentalités. De là, il n'y a qu'un pas à faire pour affirmer que la religion a été fabriquée de toutes pièces pour "endormir" le peuple et lui permettre de subir en silence son asservissement. Cette phrase a fait recette, mais en dépit de cette carrière il me semble que...
Sur le chemin qui le menait au calvaire, le Christ portant sa croix n'a pas attendu de son Père un réconfort immédiat à ses souffrances. Pourtant, il aurait pu ! Il a puisé en Dieu la force d'accomplir jusqu'au bout l'Écriture, en mourant pour racheter les fautes de ceux qui le crucifiaient. Aussi difficile ou impossible que cela puisse nous sembler, le Christ appelle chaque homme à suivre son exemple. Dans l'épreuve, il ne s'agit pas de nous tourner vers Dieu pour qu'il soulage nos peines et nous délivre brutalement de ce qui nous blesse. Mais il s'agit pour nous de puiser dans notre foi l'énergie nécessaire pour mener la lutte à son terme. Nous sommes appelés à être des hommes debout, et les deux pieds bien ancrés dans la réalité. À celui qui sait la demander et en faire usage, la force nécessaire est donnée. Mais l'intérêt de cet exemple qui nous est donné ne saurait se réduire à un volontarisme forcené. Il est celui qui donne sens à nos "combats", même ceux qui semblent les plus insignifiants.
Au contraire d'un moyen d'évasion, la foi chrétienne nous ramène les pieds sur terre. Loin des paradis artificiels que Marx et beaucoup d'autres dénoncent, le Christ nous invite à le suivre sur le chemin escarpé et souvent raide qui mène à son Père. Bien sûr, la route est longue ! Mais je suis certaine qu'il existe autant de manières de la parcourir que de vies différentes.