n° 3

Quand les hommes fabriquent des dieux.

Le journal Itinéraires.

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Quand l'homme guerroie pour celui qu'il croit être son Dieu.

Article écrit par Guillaume Tardy en mars 1993.

La guerre du Golfe a tristement ramené à l'actualité occidentale le douloureux problème de la guerre sainte. Face à un tel écueil qu'illustrent encore aujourd'hui le fanatisme algérien ou iranien, ou la non-vie menée par Salman Rushdie, une question semble revenir : les hommes font-ils la guerre pour Dieu, ou se créent-ils un dieu pour préserver en eux la croyance en un certain bien-fondé de la guerre ?

La réponse n'est pas simple mais on paraîtrait faire preuve de malhonnêteté si l'on voulait en rester à un antagonisme résolu entre Orient et Occident, sous prétexte qu'aujourd'hui l'islam est sans doute le premier foyer d'intégrisme militaro-religieux. N'oublions pas en effet les différentes conquêtes des lieux saints de Palestine par les Croisés aux alentours du XIIe siècle, après le prêche d'Urbain II demandant à l'aube de la première croisade de "libérer Jérusalem du joug des infidèles". Les guerres de religion aussi ont laissé des traces que l'on ne réalise pas toujours, tant leur ampleur est parfois devenue invisible parce qu'ancrée dans les esprits, et admise par tous.

Ainsi donc, au gré de l'Histoire, l'Homme a recours à l'invocation d'un dieu pour se persuader du bien-fondé d'une guerre ou d'une conquête territoriale, généralement militaire.

Les plus logiques consentiront que si la volonté divine d'un Dieu immanent s'exprimait réellement dans ces conquêtes, alors la toute-puissance du Dieu révélé dans les religions monothéistes devrait rendre superflu tout usage de la force militaire. Dans des sociétés où le rationalisme fait souvent force de loi, cette victoire n'est pas mince.

Les plus humbles verront dans ces prétextes une piété souvent politique, et pas seulement dans les guerres saintes de notre temps, et souhaiteront l'intervention d'un Dieu transcendant dans le cœur des croyants de tout bord, pour permettre un juste retour des choses à leur vraie place. Car ne l'oublions pas, les grandes religions monothéistes croient toutes en un Dieu créateur et non négateur de l'homme. Mais il ne s'agit pas là de faire l'apologie d'un pacifisme décidé qui en réalité prélude souvent à d'affreuses tragédies. En revanche, en parlant de "piété politique", on peut se remémorer certaines scènes de fanatisation où la religion et la foi sont autant d'instruments de manipulation des masses. Par ces biais, on construit des idoles politiques dont l'histoire a prouvé les méfaits.

Pourtant, restons lucides sans condamner d'un bloc toute action militaire ou politique menée au nom de Dieu. On a en effet constaté que ces actions étaient souvent les fruits d'émergences au niveau politique de leaders qui, dans des circonstances dramatiques favorisant les mouvements de foules, semblent utiliser des populations dont la foi est pour beaucoup réelle et vécue dans une relation de don total à Dieu. Les religions devraient alors être assez fortes pour affirmer leur caractère de liberté : liberté de croyance, mais plus profondément de réflexion, de don, de choix.

Ce caractère de liberté est-il reconnu ou même connu de tous ? Il est permis d'en douter. Mais la liberté dans la foi contient certainement des enjeux plus profonds et lourds de conséquences pour la liberté que la culture occidentale actuelle se plaît à affirmer : le Prof. Schwartzenberg ne souhaite-t-il pas attaquer le pape pour "non-assistance à personne en danger", parce que celui-ci refusait de prôner l'utilisation des préservatifs aux peuples africains, en déclarant que leur liberté résidait davantage dans une certaine conception de la fidélité ? On croit s'éloigner du sujet, mais on y revient à grands pas : sans une foi vécue avec cette liberté, la porte s'ouvre grandement à toutes formes d'idoles, politiques, sociales ou culturelles...

Tout est donc affaire de foi... et Malraux disait, à propos du siècle prochain...

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.