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Article écrit par Guillaume Glorieux en janvier 1993.
Loin de constituer des vérités sans appel, il est pourtant des idées reçues qui sclérosent notre pensée et notre action.
J'en veux pour preuve celle qui associe impunément le pardon au silence et à l'oubli. L'idée communément admise est la suivante : on pardonne, on oublie tout, on efface et on fait le silence sur le passé pour mieux aborder l'avenir... comme si le pardon permettait d'acheter notre amnésie !
Bien au contraire, le pardon à la fois rompt le silence et brise l'oubli. Dans le pardon, il y a d'abord la parole, celle qui trouble le silence, parfois pesant (certains silences sont même plus forts que le bruit), et celle qui rappelle à la mémoire les faits, le préjudice causé et subi. Le pardon est à l'opposé du silence comme il est à l'opposé de la perte de mémoire.
De plus, le pardon donne à l'autre une nouvelle identité : je le renomme, ce n'est plus "le salaud", mais l'Autre. C'est un don magnifique, aussi difficile nous semble-t-il.
Partir de la parole pour arriver au don, tel est le sens du pardon, et ce n'est sans doute pas un hasard si le mot lui-même commence comme le mot parole, et se termine et s'épanouit avec don.