n° 7

L'amour.

Le journal Itinéraires.

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Amour et sexualité.

Article écrit par Catherine Barba en mars 1995.

Je crois que la sexualité est une dimension essentielle de l'amour authentique ; et, si quiconque aimant en vérité peut reprendre à son compte une telle conviction, j'aimerais montrer ici comment ma foi en Dieu vient nourrir cette idée.

Que l'on soit profane ou religieux, dès que l'on se met à aimer, on est d'emblée affecté par l'autre, l'autre devient un élément essentiel de soi, et rien n'est plus intense ni plus ardent que ce désir de communication totale de soi-même. Or, la sexualité est précisément ce langage dans lequel je désire m'unir à celui qui est différent de moi.

Le problème est que l'on confond trop souvent la sexualité avec le seul niveau de l'organicité fonctionnelle du sexe : si l'on en reste à ce plaisir-là, que n'importe quel partenaire quelque peu averti saurait vous procurer, on s'animalise. La sexualité se contente alors de relever du corps objet : je suis le jouet de ce désir que j'ai de l'autre, de son corps. Le plaisir est peut-être indéniable (du moins faut-il vous le souhaiter...), mais ce n'est pas l'amour.

Le plaisir prend en effet une tout autre dimension si on le recherche pour ce qu'il est vraiment : c'est le bonheur de signer l'amour dans son corps et dans celui de l'autre, le bonheur de rencontrer l'autre en vérité, à même soi, dans un geste de totalité. Et l'amour qui prend corps dans ce don réciproque est d'une grande beauté, en lui-même d'abord, mais surtout parce qu'il est à l'image de Dieu. Le Christ dans l'évangile ne s'appelle-t-il pas lui-même l'Époux, celui qui se communique totalement à l'autre dans la vie, dans la chair ?

À l'image du Christ qui contracte avec l'humanité une union inégalable en venant dans la chair, la conjugalité me dit donc quelque chose de Dieu. Elle me révèle aussi une chose essentielle que l'on ne peut saisir vraiment sans un certain détour : dans l'acte d'amour, nous passons de ce que nous sommes à ce que Dieu est, car il existe au fond une racine trinitaire de la sexualité. Le détour, le voici : nous sommes définis par la relation, par la capacité qu'a notre être de se donner ; on ne devient soi-même que dans un rapport constitutif à l'autre. Et cette vérité, c'est l'amour qui la manifeste le plus pleinement. C'est lui qui affirme : Je ne peux pas être sans lui (elle). Ce qui, dans un sombre jargon philosophique, reviendrait à la formulation suivante : l'identité de l'homme est corrélative à l'altérité. Or, l'altérité est précisément la vérité éternelle de l'identité de Dieu : la diversité est en lui, lui qui est à la fois Père, Fils et Esprit. Il n'est Dieu qu'en posant en lui un autre que Dieu. L'amour entre deux êtres participe donc de ce mystère de Dieu, le mystère d'une communion totale dans l'altérité, sans qu'il n'y ait jamais d'aliénation.

L'amour envisagé dans cette perspective est l'expression d'une affectivité "éduquée", c'est-à-dire que le corps relationnel relève alors du corps sujet et l'amour est vécu dans sa profondeur véritable.

La foi chrétienne authentique passe par cette éducation de l'affectivité : elle invite les couples à garder leur désir différé jusqu'au mariage. Cette "attente" est une épreuve exigeante, voire douloureuse, et je sais que beaucoup ici la trouvent parfaitement absurde. Question de conviction et de tempérament.

Sans nécessairement me placer d'un point de vue dogmatique, je trouve de toute façon que l'attente a du sens. On ne s'offre pas aveuglément ; on ne signe pas impunément l'amour dans son corps et dans celui de l'autre sans laisser le désir de l'union sans pareille se déployer un peu.

En même temps que l'attente, le sacrement du mariage prend lui aussi son sens : c'est reconnaître que l'amour que je vis selon la logique de la totalité est image vivante, heureuse et comblante de ce qui est à la racine même de Dieu. C'est la consécration d'un amour humain à sa source.

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.