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Article écrit par Guillaume de Lacoste en mars 1995.
Mon Dieu, votre Verbe me demande de vous aimer, et je ne sais pas ce que cela veut dire. Aussi je vous implore, vous qui illuminez les intelligences, de m'apprendre le sens de ces paroles.
Vous dites qu'il faut aimer son prochain et aimer son ennemi pour vous aimer. Comment les aimerai-je ? Sont-ce des baisers, sont-ce des caresses, que je dois prodiguer ? Les baisers, les caresses témoignent de l'amour mais ne sont pas l'amour. Or vous me demandez d'aimer et de vous aimer plus que tout, vous l'invisible, vous l'intouchable. Qu'est-ce qu'aimer, mon Dieu ? Dites-le moi, que je vous aime.
Vous dites encore qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. Comment vous donnerai-je ma vie ? Et votre Apôtre me rappelle que, quand bien même je distribuerais tout ce que je possède et que je brûlerais mon corps, cela ne servirait de rien si je n'ai pas l'amour. Donnez-moi donc l'amour.
C'est vous, mon Dieu, qui devez d'abord inspirer l'amour en moi, et je vous aimerai. Venez d'abord parler à mon cœur et séduisez-moi, et je me laisserai séduire. Envoyez le feu de votre Esprit, et je brûlerai pour vous.
Votre amour est infini, votre amour est exigeant. Vous voulez que je vous adore et que je sois un juste. Donnez-moi ces qualités que moi-même je n'ai pas. Car je veux vous aimer, je veux votre amour ; je veux vous désirer.
Et vous n'ignorez pas, mon Dieu, ma faiblesse. Je ne sais pas aimer sans voir et sans sentir. Vous vous êtes donc fait homme, et vous nous avez donné, en mémoire de vous, votre corps et votre sang. Vous nous avez accordé, par le don de la foi, de les discerner sous les espèces du pain et du vin consacrés. N'est-ce pas là tout votre amour, de vous laisser aimer par les hommes ?
Me voici, mon Dieu. Je me tiens devant vous, un doigt sur mes lèvres, et je vous écoute. Vous êtes affligé et je ne sais pas vous consoler, mais je suis là. Vous avez soif, vous avez faim, et je n'ai pas de pain qui vous nourrisse ni d'eau qui vous abreuve, mais je suis là. Je n'ai à vous offrir que ce temps que vous m'avez prêté ; le voici, mon Dieu.
Et pour chacun de mes frères, dont votre Verbe a fait sa demeure, je n'ai rien que ma présence. J'essaie d'être là pour eux, j'essaie de les écouter, j'essaie de ne pas parler ; je ne sais pas faire autre chose.
Je vous demande d'aimer, mon Dieu. Je ne le pourrai jamais sans votre grâce. Pour vous, j'apprendrai donc à être là et simplement présent ; à accorder mon temps sans le compter à mon prochain et à mon ennemi ; à pardonner sans fin parce que vous pardonnez toujours et que moi-même je suis un pécheur. J'apprendrai à vous prier incessamment ; à entendre la sagesse de votre Verbe ; et, comme une biche altérée cherche l'eau vive, à désirer l'effusion de votre Esprit d'amour que vous avez promis.