n° 6

La communauté.

Le journal Itinéraires.

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Communauté et fraternité.

Article écrit par le frère Rémi Chéno en juin 1994.

Le mot Fraternité, que nous retrouvons dans notre devise nationale, n'est plus guère utilisé. S'appeler frères, c'est sombrer aux yeux de beaucoup dans une mièvrerie ou une affectivité romantique déplacée. L'utopie politique de la fraternité, telle qu'elle apparaît dans la devise française Liberté, Égalité, Fraternité, renvoie pourtant à l'horizon des rêves ou des désirs de beaucoup. Car vouloir se reconnaître frères les uns des autres dans la Nation, c'est reconnaître à tous le droit à l'égalité et à la liberté, mais, plus encore, c'est donner la priorité à cette fraternité sur toute autre préférence, raciale, sociale, intellectuelle, financière... qui prétendrait fonder le lien social de la nation.

La communauté, qu'elle soit européenne, nationale, ou... la CC (la communauté chrétienne), est l'espace qui permet et détermine la fraternité. Au sein de la CC, la fraternité est le fondement objectif de nos relations mutuelles, et non nos sympathies respectives ou nos amitiés, même si bien sûr la fraternité ne s'y oppose pas et cherche même à les promouvoir. Une communauté ne se construit pas sur la sympathie, le sentiment, l'affectivité, mais sur la fraternité. Qu'elle soit la CC, une société secrète, ou la Nation, la communauté offre à ses membres un statut d'affiliation qui en fait des frères. Francs-maçons et chrétiens, communistes et Ku-Klux-Klan usent ici du même langage - mais, heureusement, la comparaison s'arrête là !

Toute communauté est donc appelée à promouvoir une certaine fraternité, dont, le plus souvent, elle se donne les limites. Ainsi la communauté nationale française se donne un code de la nationalité qui détermine l'extension de la fraternité à laquelle renvoie sa devise. Il en est de même pour la plupart des communautés humaines. Mais pas pour toutes, cependant.

Dans une famille, la fratrie ne se choisit pas. Ceux qui viennent au monde avec les mêmes parents sont frères et sœurs et constituent une fraternité. La communauté humaine elle-même, qui englobe tous les hommes, détermine une fraternité universelle. Des "effets de bord" existent dans les deux cas. La fraternité pourrait être contestée (elle l'a été jadis) au fils illégitime au sein de la famille, et la fraternité universelle pourrait exclure tout un groupe humain (l'esclavage subsiste encore).

Au sein de la CC, la fraternité n'est pas une décision de ses membres qui s'en donneraient les règles et en détermineraient l'extension. Elle relève ici d'un appel, d'une tâche, d'un devoir. La fraternité dans la CC n'est que l'inscription concrète, spatio-temporelle, d'une fraternité déjà acquise en Jésus Christ, premier-né d'une multitude de frères, de tous ceux qui ont été baptisés en son nom et, à venir, de tous ceux qui le seront.

On ne devient pas membre de la CC, on est reconnu tel. Je reconnais que Dieu m'a donné Untel comme frère. Lui aussi me reconnaît comme son frère. Notre fraternité précède notre communauté !

C'est donc dire que l'exercice de la fraternité est un exercice de la foi, bien différent d'un simple mouvement de l'affectivité. Se reconnaître frères, c'est reconnaître la précellence de l'appel de Dieu sur nos sympathies ou nos atomes crochus. C'est entendre que Dieu nous convoque à former un peuple, c'est donner sa forme sociale au salut acquis en Jésus Christ. Cette fraternité pourtant n'exclut nullement l'amitié, l'amour même, puisqu'il en est le signe, le symptôme, la forme de vie : C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres qu'on vous reconnaîtra comme mes disciples. Dieu me rend aimable par les frères qu'il me donne et qu'il me donne à aimer. Et c'est une source de joie.

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.