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Extrait d'un texte du Père Paul Baudiquey.
[...] Donc un père avait deux fils. Le plus jeune a décidé d'aller vivre sa vie. Et puis le jeune s'est cassé la figure, il en a tellement vu qu'un jour il s'est dit : Il faut que je revienne parce qu'au fond, chez moi, le dernier des domestiques a au moins à manger à sa faim. Il est revenu en préparant longuement ce qu'il dirait pour demander pardon, pour essayer de se faire ouvrir la porte. Il s'attendait au juge. C'est toujours un peu comme ça dans la vie, on s'attend au juge. Et finalement, il a trouvé les mains, les bras de la miséricorde.
Miséricorde, c'est un mot qui a l'air usé, mais pour moi c'est un très beau mot, parce qu'il y a toute la misère du monde, toute la misère la plus secrète et en même temps la chaleur et la cordialité de l'accueil. C'est l'Évangile. C'est le fils qui revient vers son père qu'il ne connaissait pas au départ... Ça ne peut se dire. Le père. C'est très beau d'avoir su parler de Dieu comme ça [...].
Et le fils, avec cette sorte de tempête qui palpite encore dans ces vêtements qui sont comme une voile déchirée.
La nuque, le crâne rasé. C'est un bagnard. La grande coulée de son vêtement qui aboutit à ce pied avec la sandale vide. Le pied qui est le stigmate de toutes les errances. Il se précipite dans le père et en même temps il a l'air d'en émerger. Ce fils est en train de naître, de renaître, d'après la parabole. Mais là, c'est une naissance. Il a une tête de nouveau-né.
Alors, à l'intérieur de cette architecture qui le recouvre sans le posséder, il y a cette arrivée, là, de l'errant avec toutes ses cicatrices. L'être ravagé qui, à la fois, entre et ressort du sein de son père. Il se passe peut-être le premier enfantement d'une liberté [...].
Et puis, au cœur, au centre de tout, il y a le miracle des mains du père. Il est aveugle. Il voit tout avec ses mains. Ces mains posées sont pour moi comme un vol d'oiseau très lent. Il ne retient rien, il est bien là. C'est une façon de lui dire : je te reconnais, je sais qui tu es. C'est un vieux geste biblique. Le vieillard transmet sa vie et sa bénédiction [...].