n° 5

Le travail... Ah ! Le travail !

Le journal Itinéraires.

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Au nom de la dignité humaine, "Lève-toi et marche !"

Article écrit par Emmanuelle Enrici en janvier 1994.

Cet article s'inspire du texte signé par Albert Rouet, évêque auxiliaire de Paris [à l'époque] et président de la Commission sociale de l'épiscopat. Ce texte est contenu dans l'ouvrage publié au Centurion, Face au chômage, changer le travail (242 p., 55 F), où sont publiés les travaux et les consultations de la Commission qui ont abouti à la déclaration de la Commission. Cet article s'appuie aussi sur l'analyse du même texte parue dans la revue Vie chrétienne (n° 381, décembre 1993).

Le tiers des personnes en âge de travailler en France sont exclues d ela société ou en passe de l'être (trois millions de chômeurs et cinq millions de personnes en situation d'emploi précaire). L'aide aux chômeurs coûte trois cents milliards de francs.

Est-il possible de continuer ainsi longtemps ?

Les évêques de France ont décidé, après avoir consulté tant les organisations professionnelles, patronales et politiques que divers mouvements chrétiens, de publier fin septembre [1993] un ensemble de réflexions aboutissant à une déclaration. L'esprit dans lequel le texte a été rédigé est le suivant : la logique selon laquelle nous avons vécu, agi, organisé notre société, est usée jusqu'à la corde. Elle ne peut plus produire que des exclus en plus, et les remèdes au chômage resteront des soins palliatifs tant que nous ne chercherons pas, par le travail, à construire pour le bien des hommes, au nom de la dignité humaine.

Le Père Albert Rouet articule son texte autour de quatre points. Il remet d'abord en question le travail tel que nous le concevons aujourd'hui ; puis il envisage comment nos mentalités pourraient changer ; il développe ensuite une notion qui lui tient à cœur : la fécondité sociale de l'homme ; enfin il tente de dégager de nouveaux chemins d'exploration, autant de pistes pour la résolution du problème du chômage.

Arrêtons-nous sur l'un de ces points : la notion de fécondité sociale.

Le travail ne peut plus s'identifier au seul emploi rémunéré. [...] Il faut lui trouver une définition plus large. Un travail humanisant possède une fécondité sociale. Il contribue à assurer les biens et services nécessaires à la société, il crée du bien social ; par là même il humanise l'auteur du travail. La société humaine est toujours à reconstruire : tel est le premier travail de tout homme, travail qui exprime sa dignité propre. (Déclaration, n° 4.)

Pour sortir de la crise actuelle de l'emploi, sont proposées et parfois mises en œuvres aujourd'hui plusieurs solutions. En premier lieu, on trouve souvent le partage du travail (travail à temps partiel ou temps choisi) et le partage du temps de travail (semaine de quatre jours par exemple)...

Évidemment, il faut passer aux actes. Mais toutes les précautions doivent être prises pour mettre en œuvre ces projets dans une cohésion sociale réelle. Or souvent société et entreprises ont des objectifs différents. Pour les évêques, rien ne remplacera un projet de société qui aura fait l'objet d'un consensus et qui sera mis en œuvre par la médiation du politique.

La question primordiale posée est en fait la conception que nous avons des rapports entre l'homme et la société. Les chrétiens placent en premier la liberté de l'homme et sa dignité, et c'est au nom de la foi qu'est refusé l'asservissement de l'homme aux lois économiques. Ni la consommation, ni la production ne peuvent être des fins en soi.

L'homme est d'abord un être de relation, un être social, responsable, appelé à participer directement à la construction de la société où il vit. Il possède ce que le Père A. Rouet appelle une fécondité sociale, c'est-à-dire la capacité de construire une société plus humaine. Tout, depuis l'éducation jusqu'à la consommation en passant par l'organisation de la production, doit être mis au service de cette conception de l'homme.

Je vous livre là une partie de ce que j'ai pu lire dans cette Déclaration de la Commission épiscopale. Utopique ? Peut-être. Mais de cette réflexion sur l'homme à laquelle invitent les évêques, on ne peut pas selon moi faire l'économie. Surtout aujourd'hui. La crise économique qui paralyse la société nous fait vivre dans un état d'urgence qui empêche le recul et la vision à long terme. Cela fait du bien de voir ces problèmes mis en perspective par une réflexion sur l'homme. Puisse cette conception de l'homme réaffirmée ne pas être oubliée lors des mesures prises ou à prendre pour résoudre le problème du chômage.

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Dernière mise à jour : 8 juin 1999.